Lumière pulsée


Dr Hugues Cartier, dermatologue
8 square Saint Jean
62000 Arras


- Quelle sont les différences entre l'IPL et le laser?


La lumière pulsée (Intense Pulse Light) émet un rayon lumineux polychromatique qui s'étend de 400 à plus de 1200 nm. Bien sûr, il y a tout un système de filtrage de la lumière du visible qui va être coupée en une bande spectrale capable d'être absorbée par les cibles cutanées (lampe xénon avec un verre dope au cérium, eau des-ionisée, filtre plein ou dichroïque, quartz ou saphir ). En fonction de la couleur du filtre, on va pouvoir traiter de nombreuses indications dermatologiques. La LPP agit par photo-thermolyse mais la photo-sélectivité est bien inférieure au Laser. Ce dernier émet un rayonnement quasi monochromatique.



- Quels sont les meilleurs domaines d'application de l'IPL?


Les trois cibles essentielles sont l'eau, le pigment et l'hémoglobine. On peut, avec le bon choix de filtre, le bon train de pulses, les bonnes durées de pulses et d'interpulses, épiler, effacer les hyperpigmentations et réduire les troubles vasculaires. De très nombreuses publications y compris versus Laser rapportent de bons résultats. A cet égard, il est souvent difficile de persuader les laseristes d’utiliser une LPP. En effet, il est bien plus compliqué d’utiliser une LPP, car on a plus de paramétrages et de choix de bandes spectrales à faire, la reproductibilité est plus aléatoire. C'est d' ailleurs un comble quand on constate la présence de centres esthétiques "Lumière pulsée ". Les résultats pour l'épilation sont très comparables au laser mais il faut plus de sessions par rapport à l'Alexandrite qui reste la référence. Les LPP sont très efficaces dans les couperoses télangiectasiques ou les rosacées acnéiformes et beaucoup moins dans les kératoses pilaires rouges ou les érythroses pures. Les LPP sont aussi la référence pour les erythrosis colli. Les résultats sont spectaculaires dans les lentigos bien contrastés sur une peau bien blanche mais mauvais sur les mélasmas seuls. Les LPP font donc référence pour la "rejuvenation", qui associe troubles pigmentaires superficiels et vasculaires. Par contre pour le remodelage photonique, les ridules sont peu réduites. Il ne faut confondre éclaircissement du teint du photo-rajeunissement et néocollagenese qui effacent les rides. Les LPP sont également très utiles pour réduire des cicatrices inflammatoires voire relancer un processus cicatriciel stagnant. Les LPP sont aussi intéressantes pour la photothérapie dynamique mais l'AMM actuel privilégie les diodes.


- Pouvez vous faire un point sur la législation concernant l'utilisation des IPL? Est-elle reservee aux medecins comme les lasers ?


Il y a la loi qui date déjà de 1962 et qui n'autorise les esthéticiennes à pratiquer que " l'épilation a la cire et a la pince en dehors de tout autre technique". Elle est forcément décalée car les LPP datent de 1994! Il y a le marché actuel avec toujours une demande croissante de la population en quête du "zéro poil" sans risque bien entendu. Il y a des réunions au ministère de la santé qui n'aboutissent toujours pas ... Et un lobbying actif des différentes parties concernées. On se demande d'ailleurs qui est le plus à craindre : l'esthéticienne qui casse sa tirelire pour une machine peu puissante pour éviter les brûlures, le dermatologue qui achète bien plus cher une LPP CE-Medical (ou non car rien ne l'y oblige) ou des investisseurs qui attendent une loi favorable pour créer des "chaînes à poils" pour rafler la mise comme on le voit avec les centres UV. Le problème n'est pas le geste qui en lui même est assez simple mais la bonne indication, le bon choix du paramétrage et la gestion des effets inattendus ou indésirables.



- Que penser des IPL en vente libre sur Internet?


Deux poids, deux mesures ! On a d'un coté des machines sans sécurité, qui délivrent des rayonnements instables dans le temps car elles n’ont que des petits condensateurs qui déchargent mal le courant électrique. En effet la plupart de ces types d'appareils viennent d'Asie et celui qui l'achète en sera entièrement responsable. Car quel est l'assureur français qui prendra le risque de protéger un utilisateur d'un appareil sans garantie et qui ne répond pas aux normes CE même non médicales. Néanmoins, certains sont efficaces…Car c’est assez facile de copier une LPP basique. Maintenant, le coût des lasers et des LPP est toujours trop important et avec une crise économique, il est normal d'être tente. Une LPP doit être entretenue car les lampes cassent et les filtres s'abiment. Il faut donc être sur de la pérennité de la société.
Sont-ils aussi efficaces que ceux qui sont utilisés par les professionnels? On est surpris que les certaines LPP basiques fonctionnent bien mais est-ce suffisant pour un médecin ? En fait tout le monde peut acheter une LPP… CE-non médicale mais on n’a légalement pas le droit de l'utiliser sur un patient. La LPP est inscrite à la nomenclature des actes dermatologiques au même titre que les lasers épilatoires, vasculaires et pigmentaires. Il y a donc acte médical si on utilise une LLP et surtout une perte de chance pour le patient lambda. De plus, les "home device", ces micro-lasers diodes ou mini-lampe flash font leur apparition en France. Mais quand on sait qu'il y a même des dermatologues américains qui vendent les petits appareils entre deux séances lasers, il n'y a plus de raison de s'étonner mais de s'alarmer. Les études contrôles, notamment de l'Anglais G. Town, sont édifiantes: les rayons effectivement émis ne correspondent en rien aux caractéristiques inscrites sur l'emballage.


- N'y a-t-il pas un risque important d'effets secondaires?


Le principal risque est de traiter une non-indication: confondre un lentigo avec un mélanome de Dubreuilh, tenter d'effacer une rosacée qui est un lupus. La brûlure est classique comme avec les sources lasers. La sensation de brûlure est atténuée par les pièces à main refroidies mais elles ne sont en rien un gage de sécurité, c'est surtout pour le confort. La délégation de l'acte est possible, et est déjà effective y compris chez les dermatologues. Si elle est peut être envisageable sur le plan technique, rien ne pourra remplacer le diagnostic dermatologique y compris avec un diplôme de laseriste en poche. Il faut l'expérience du diagnostic clinique, l'expérience du médecin et du choix de l'appareil. A la vue de la réduction démographique des dermatologues, je pense que le dermatologue peut déléguer pour des indications sélectionnées mais il doit rester présent dans le centre... Mais c'est juste un avis personnel.


- Quelles sont les perspectives d'avenir pour les IPL?


Immenses! Les esprits chagrins jugent toujours un peu sévèrement les LPP. Mais c'est vrai qu'en de mauvaises mains, on peut faire des dégâts. A la fois brûler et à la fois n'avoir aucun résultat. Mais à chaque fois qu’un nouveau laser apparaît, il est souvent comparé dans des études avec les LPP comme si ce dernier était une référence immuable. Aujourd'hui, on voit encore des améliorations avec des filtres qui réduisent la bande spectrale, des systèmes de froids pulses intègres, des pièces à main de quelques millimètres a plus de 20 cm2... On a aussi des plateformes qui intègrent lasers et LPP. Mais, on voit aussi sur le marché domestique et médical des appareils de mauvaise qualité, j’espère que cela ne fragilisera pas les sociétés sérieuses. Il faut néanmoins choisir une LPP qui autorise plusieurs indications donc plusieurs filtres, qui ont fait la preuve dans des publications non orientées et avec des photographies de toutes les indications qu’elle promet.

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