Toxine botulique


Dr Jean Pierre VIDAL-MICHEL, dermatologue, Marseille

Quelles sont les différences fondamentales entre le Vistabel ®, le Botox ®, le Dysport ® et l'Azzalure® ?



Le Botox ® est la première appellation donnée à la toxine Botulique de type A par son fabriquant le laboratoire américain Allergan. Ce nom s’est imposé comme un terme générique mais il ne correspond qu’au dosage à 100 unités Allergan de la toxine utilisé dans certaines affections ophtalmologiques,ORL , neurologiques , urologiques où il existe un spasme musculaire ou encore dans l’hyperhidrose axillaire.

Dans l’indication du traitement esthétique des rides de la glabelle, Allergan commercialise sa toxine sous le nom de Vistabel ®. Dosé à 50 unités Allergan ce produit a obtenu son autorisation de mise sur le marché français en 2003

Le Dysport ® est également une toxine de type A mais elle est fabriquée par le laboratoire anglais Ipsen. Son procédé de fabrication et de purification est différent ainsi que son dosage qui est à 500 unités Speywood. Elle est également utilisée dans le traitement de certaines affections neuro-musculaires et bénéficie de la même ancienneté et donc du même recul.

L’Azzalure ® 125u speywood est au Dysport ® 500u speywood ce que Vistabel ® 50u Allergan est au Botox ® 100u Allergan mais alors qu’Allergan distribue le Botox ® 100 et le Vistabel ® 50, c’est le laboratoire franco-suisse Galderma qui commercialise l’Azzalure ® depuis le printemps 2009. Cette toxine a également obtenu son AMM dans l’indication esthétique du traitement des rides du front.

Une nouvelle toxine d’origine allemande va bientôt être commercialisée sur le marché de l’esthétique sous le nom de Bocouture (Xeomin) par les laboratoire Merz Pharma. Son efficacité est équivalente à celle du Vistabel ® .Dépourvue de protéines complexante elle ne risquerait pas d’entrainer de réponse immune toutefois le débat reste ouvert sur l’intérêt qu’il y aurait à conserver certaines protéines qui pourraient protéger la toxine de sa dégradation par les enzymes.



Tous ces produits sont donc équivalents ?

Oui, à une nuance près , Dysport ® 500u et donc Azzalure ® 125u possédent t une efficacité supérieure selon la plupart des études . C’est ce que j’ai pu vérifier dans mon expérience personnelle sur une dizaine d’année.



Quelle toxine botulique utilisez-vous pour le traitement de vos patients?

J’utilisais exclusivement le Dysport ® 500u et aujourd’hui c’est l’Azzalure ® 125u qui a pris sa place sur le marché de l’esthétique . Il s’agit d’un produit sûr, d’une grande efficacité dont les effets persistent encore 5 à 6 mois après une première injection. Mais le Vistabel ® garde ses défenseurs et ses indications ; nombre de mes confrères l’utilisent sur les fronts aux peaux fines et aux muscles peu puissants , en revanche chez l’homme l’Azzalure ® sera plus indiqué. Dans le cas de muscles puissants et de peau épaisse les doses injectées devront être supérieures à la moyenne quel que soit le produit utilisé.



Les toxines seront-elles bientôt aussi nombreuses sur le marché que les acides hyaluroniques?

Non, on n’en est encore loin. Pour l’instant seuls le Vistabel ® 50u et l’Azzalure ® 125u possédent une autorisation de mise sur le marché ; bientôt trois avec Bocouture. Mais c’est une bonne chose que la concurrence se développe . Cela montre au grand public comme aux médecins encore frileux à l’égard de la toxine qu'il s’agit d’un produit sans risque autorisant sa banalisation en esthétique entre des mains bien formées néanmoins. Attention toutefois aux produits circulant sur internet , fausses toxines ou produits fabriqués en Chine ou ailleurs sans aucun contrôle ils peuvent s’avérer dangereux.



Quelles sont les bases du traitement des rides du front ?

Elles sont anatomiques . Il existe au niveau du front une balance entre le muscle frontal élévateur du sourcil , responsable des plis du front et un certain nombre de muscles abaisseurs du sourcil , muscle orbiculaire situé autour des orbites responsable notamment des rides de la patte d’oie , muscles procerus et corrugators situés au niveau de la glabelle responsables des rides du lion horizontales et verticales . En affaiblissant simplement l’un ou l’autre de ces muscles on va pouvoir à la fois faire disparaitre leur contracture et donc les rides cutanées située à leur surface mais également par le jeu des balances faire monter ou descendre les sourcils selon les besoins tout en conservant un équilibre du visage .



Comment évitez vous ces fronts lourds, figés et sans expression comme on le voyait au début de l’utilisation de la toxine?

En jouant sur la balance comme je vous ai dit et en utilisant des doses faibles de toxine injectées dans des points précis autorisant la libre expression d’un certain contingent de fibres musculaires .



Les points sont-ils différents selon que l’on utilise le Vistabel ® 50u ou l’Azzalure ® 125u ?

Non , les points sont identiques car la diffusion des produits est la même. Ce sont les unités injectées qui changent simplement.



Décrivez nous ces points mystérieux !

Il n’y a pas de mystère , tout le monde pique à peu près aux mêmes endroits : cinq points pour la glabelle , soit un point à la base du nez pour la ride horizontale du procerus et quatre points pour les muscles corrugators situés au niveau du bord interne de l’orbite un peu au dessus de la tête du sourcil , muscles responsables des rides verticales du lion . Quatre points latéraux sur le front sur sa partie haute en laissant libres les fibres situées au dessus des sourcils pour éviter l’aspect figé , un point au niveau de la queue du sourcil chez la femme pour affaiblir l’orbiculaire qui tire le sourcil vers le bas permettant ainsi une légère élévation de ce sourcil donnant un regard plus ouvert ; deux ou trois points très superficiels au niveau des pattes d’oie pour relâcher l’orbiculaire qui fronce la peau à sa surface.



Peut on utiliser la toxine dans le traitement des autres rides du visage ?

Oui , bien sûr mais il faut rappeler qu’en dehors de la glabelle et du front , ces injections se font hors des indications thérapeutiques prévues par l’autorisation de mise sur le marché (AMM) ; certaines rides peuvent cependant être injectés sans risque comme les rides du lapin au niveau des faces latérales du nez qui apparaissent au sourire , comme le pli d’amertume ou sillon labio-mentonier engendré par la contraction du muscle dépresseur de l’angle de la bouche (DAO), d’autres zones sont plus risquées car il n’existe pas de balance musculaire ou encore la toxine peut y entraîner une diminution du drainage lymphatique comme pour les rides des paupières inférieures avec pour résultat une asymétrie du sourire ou des poches sous les yeux. Les plis radiaires de la lèvre supérieure sont aussi délicats à traiter comme le cordes platysmales du cou qui mal injectées peuvent entrainer des troubles de la déglutition. Je n’injecte pas ces derniers points personnellement.



Décrivez moi le déroulement d’une consultation pour une injection de toxine .

La première consultation est toujours réservée à l’information du patient qui repart avec ses consentement et devis. Il est également intéressant de faire des photos des zones à injecter en statique et en dynamique pour déceler une éventuelle asymétrie avant l’injection. le jour de l’ injection il n’est pas nécessaire d’être à jeun. Pour les femmes , prévoir de venir sans maquillage ou le retirer avant les injections.
Les points d’injection sont marqués à l’aide d’un crayon dermographique lors d’un examen au cours duquel je demande de contracter et de décontracter les divers muscles de la zone à traiter. Pendant les quatre heures qui suivent les injections,il est recommandé de ne pas faire de sport intensif et de ne pas s’allonger. Il faut également éviter de manipuler les zones traitées pendant les 24h qui suivent la séance et éviter dans les jours qui la précédent et qui la suivent la prise d’aspirine ou d’anti-inflammatoires pour minimiser les risques de saignement qui pourraient faire fuir le produit vers des muscles non choisis. En revanche il est parfois conseillé de mobiliser les muscles injectés dans les heures qui suivent pour accroître la diffusion.





Le résultat est il immédiat ?

Les résultats sont visibles au bout d’une semaine environ parfois dès 48 heures . Une injection de correction est parfois nécessaire pour parfaire le résultat. Elle doit se faire dans un délai de 2 à 4 semaines .
Dans de très rares cas, le résultat peut être insuffisant. Le caractère rebelle des fronts épais et musclés, en particulier chez l’homme, nécessite des doses plus fortes. Mais au total les résultats sont souvent injecteurs dépendants et patients dépendants.



Quel est le rythme idéal des injections ?



Les premières injections doivent être espacées de 6 mois environ. Par la suite le résultat peut se maintenir un an entre deux injections. Il est recommandé de ne jamais rapprocher les séances à moins de 3 mois pour éviter notamment une résistance au produit (effet vaccin).




Quelles sont les précautions à prendre ?



Les injections ne sont pas recommandées si l’on souffre de spasmes musculaires pathologiques, d’épisode de paralysie des muscles de la face, de maladie neuro-musculaire ou de trouble de la coagulation. Il est également recommandé de s’abstenir en cas de maladie auto-immune, de prise d’anticoagulants, d’aspirine, d’anti-inflammatoires, de certains antibiotiques (aminosides, tétracyclines), en cas de grossesse ou d’allaitement, d’antécédents de dysphagie, de fausses routes ou de pneumopathie d’inhalation.




Existe-t-il des complications ou des risques à se faire injecter ?



Pour ce qui est des complications elles sont minimes dans les mains d’un praticien formé et expérimenté :
Les injections ne sont pas douloureuses mais de petites ecchymoses peuvent survenir aux points d’injection ; elles disparaissent en quelques jours. Des oedèmes fugaces peuvent survenir durant quelques heures au niveau des paupières, des maux de tête parfois durant plusieurs heures mais ils sont le fait d’injections concentrées et profondes proches des racines nerveuse, une impression de lourdeur des sourcils peut également persister 2 à 3 semaines.

Une diffusion mal contrôlée du produit injecté peut entraîner une descente de la paupière ou du sourcil, la remontée des bords des sourcils (effet Méphisto), des troubles de la mimique (asymétrie du sourire par exemple), exceptionnellement des troubles de l'accomodation.

Ces incidents ne sont pas durables et pour la plupart sont corrigés rapidement par une nouvelle injection. Cependant ,il est normal de garder une petite ride à peine visible sur les côtés du front. Cette ride correspond à la contraction d’une partie du muscle frontal qui empêche la chute disgracieuse du sourcil.

Enfin la tendance actuelle est d’utiliser des concentrations de produit plus faibles qu’il y a quelques années afin d’éviter une fixité trop importante des traits. Il faut savoir conserver un visage expressif. C’est là que se situe le savoir faire du praticien.

Quant aux risques , la toxine botulique est un produit sous la haute surveillance des instances sanitaires, AFSSAPS en France, FDA ( Food and Drug Administration) aux USA…, et aucun patient ayant reçu de la toxine botulique à des fins esthétiques n’a fait à ce jour d’accident grave.

Injectée à des doses 10 fois inférieures aux doses utilisées dans les affections musculaires, la toxine botulique, dans son utilisation esthétique, entre des mains expérimentées, ne présente aucun risque sur le plan nerveux ou sur le plan général à condition de respecter scrupuleusement les contre-indications et de bien suivre les recommandations de l’AFSSAPS. Aucun test préalable n'est nécessaire. Enfin son effet est totalement réversible.

Creme solaire


Dr Christelle COMTE, dermatologue , Paris



On ne repetera jamais assez que les produits solaires ne devraient apparaître qu'en troisieme position dans les conseils de photoprotection, apres l'absence d'exposition entre 11h et 16h et la photoprotection externe (chercher l'ombre, porter des vêtements amples et couvrants...). Quels conseils pouvez-vous donner pour le choix d'un produit solaire, en fonction du type d'exposition, du type de peau, du phototype...

J'aurais tendance à dire qu'il faut simplifier cette question des indices, afin que la photoprotection soit mieux respectée par tous. (La législation est d'ailleurs en train de changer cela, en instaurant, à la place des indices de protection, 4 grandes catégories: très haute protection, haute protection, protection moyenne, faible protection.) Pour simplifier, et compte-tenu de la quantité réellement appliquée par les patients (nettement inférieure à celle utilisée pour calculer les indices), ainsi que de leur rythme d’application (rarement renouvelé), je préfère toujours recommander un indice maximal (SPF 50) pour tout le monde, en dehors des phototypes foncés (que l'on pourrait qualifier de « méditerranéen » et plus) qui peuvent se contenter de faibles indices de protection. En effet, le but du dermatologue n'est pas d'aider le public à se constituer un beau bronzage, mais à limiter au maximum l'irradiation solaire. Il n'y a jamais aucun inconvénient à appliquer un indice trop fort (à l'exception d'une personne d'origine africaine qui se mettrait un écran total toute l'année et qui pourrait être déficitaire en vitamine D...)
Pour les expositions extrêmes (marins, séjours en bateau, sports d'eau), et surtout chez les hommes, une photoprotection par voie interne peut être associée. La seule association de vitamines qui a fait la preuve de son efficacité (modérée) dans une étude publiée dans une revue scientifique est l'Oenobiol° solaire (NB: pas de conflit d'intérêt). Chez les femmes, il est préférable de déconseiller cette supplémentation orale de manière prolongée en raison d'un risque augmenté de développer un mélanome (HR = 4) (1)
On recommande le plus souvent l'utilisation de filtres minéraux chez les enfants. Quelles en sont les raisons? A partir de quel age peut-on utiliser des filtres chimiques ? Ces produits pénètrent-ils dans l'organisme? Quel est leur inocuité?

Ces « filtres » minéraux sont de manière plus précise appelés « écrans minéraux », pour la raison qu'ils ne transforment ou n'absorbent pas de rayonnement, mais se contentent de le réfléchir, à la manière de petits miroirs si vous préférez. Des miroirs dont le diamètre est de l'ordre du micron. Ils sont totalement inertes (ce sont des minéraux: du titane, du zinc...), ce qui explique leur excellente tolérance et leur utilisation chez les enfants, et évite de les sensibiliser à une molécule chimique (filtre) potentiellement allergisante. Revers de la médaille: leur côté blanc, qui limite leur utilisation chez l'adulte.
Contrairement à ces écrans qui sont des bloqueurs physiques, qui protègent aussi bien des UVA que des UVB, et ne pénètrent pas dans la peau (tant qu'ils ne sont pas trop micronisés), il y a les absorbeurs chimiques (les filtres), qui sont des molécules absorbant spécifiquement dans une longueur d'onde donnée (UVA ou UVB), et qu'il faut souvent associer pour couvrir l'intégralité du spectre solaire. Les filtres chimiques sont des cosmétiques, et à ce titre peuvent s'utiliser à tout âge, et même chez la femme enceinte a priori. Toutefois, certaines questionnements se sont faits jour (en même temps que pour certains autres composants chimiques tels que les parabènes) concernant leur passage transcutané et leur inocuité. Le primum movens en a peut-être été l’observation d’une féminisation de certains poissons par conséquence de l’ effet estrogénique de certains filtres solaires qui avaient contaminé l’eau. Chez l’homme, Il a été montré que la plupart de ces filtres ne passent pas la barrière cutanée, à l'exception de la benzophénone-3, que l'on a pu retrouver dans les urines (2). L'absorption dépend également du vecteur utilisé (les solutions alcooliques entrainent une absorption plus importante), et du site sur lequel le produit est appliqué (absorption plus importante sur le visage) (3) .

La relation melanome-crème solaire a fait l'objet de publications diverses. Que sait-on de cette relation aujourd'hui?

Il y a eu beaucoup d'études, mais certaines comportaient des biais évidents qui ont conduit à brouiller les pistes et complexifier un sujet déjà délicat.
En résumé, la suppression, par l'usage de crèmes solaires, du coup de soleil comme "sonnette d'alarme" d'une exposition trop importante, et comme facteur limitant l'exposition ultérieure, a pu être considérée comme une mauvaise chose. Cette constatation a engendré les nouvelles normes imposant un ratio entre les protections UVA et B dans les crèmes solaires : si on protège beaucoup des UVB (coup de soleil), alors il est indispensable de protéger aussi de manière puissante contre les UVA (cancérigènes à forte dose cumulée).
La conclusion de Diffey dans une méta-analyse récente (4) résume assez bien la situation à mon sens: bien que l'on n'ait pas réussi à démontrer que l'usage de crèmes solaires protège du mélanome, il serait irresponsable de ne pas encourager leur utilisation, associée au reste de l'arsenal de photoprotection, pour combattre l'augmentation croissante de l'incidence du mélanome.

De plus en plus de patients recourent aux produits solaires bio. Y a-t-il des études fiables concernant leur efficacité?

Il y a un vrai problème là-dessus, car elles n'ont effectivement pas fait la preuve de leur efficacité. Fabriquer une crème solaire est complexe et technique: il faut trouver des filtres qui couvrent l'ensemble du spectre, y compris les UVA les plus longs, il faut qu'ils soient photostables, rémanents, résistants à l'eau, compatibles ensemble et avec le vecteur, bien tolérés... et il faut que la formulation qui en résulte soit confortable, facilement étalable, transparente... C'est souvent un vrai casse-tête pour les industriels spécialistes de ces questions. Alors quand on voit par exemple une crème solaire bio se revendiquant "très haute protection" et "adaptée aux enfants", en se vantant de ne contenir que des algues, de la myrtille, de l'huile de riz et de l'amande douce, il y a de quoi bondir !!!

Meme question pour les produits solaires qui auraient une efficacité durant toute la journée?

Le seul filtre solaire à revendiquer cette propriété est le Daylong, du laboratoire SPIRIG. Là par contre, une étude sérieuse et prospective leur permet de revendiquer leur efficacité (5). J'ai pu par ailleurs constater dans mon expérience sa fiabilité chez plusieurs de mes patients lupiques ou photosensibles qui l'ont utilisé sans poussée au rythme prescrit (NB : pas de conflit d'intérêt).

Références :
1.Hercberg S et al, Antioxidant supplementation increases the risk of skin cancers in women but not in men, J Nutr. 2007 ;137:2098-105
2.Sarveiya V, Risk S, Benson HA Liquid chromatographic assay for common sunscreen agents: application to in vivo assessment of skin penetration and systemic absorption in human volunteers.J Chromatogr B Analyt Technol Biomed Life Sci. 2004 Apr 25;803(2):225-31
3.(Benson HA, Sarveiya V, Risk S, Roberts MS, Influence of anatomical site and topical formulation on skin penetration of sunscreens.Ther Clin Risk Manag. 2005 Sep;1(3):209-18
4.(Diffey BL, Sunscreens as a preventative measure in melanoma: an evidence-based approach or the precautionary principle?Br J Dermatol. 2009 Nov;161 Suppl 3:25-7.)
5.Ulrich C, Jürgensen JS, Degen A, Hackethal M, Ulrich M, Patel MJ, Eberle J, Terhorst D, Sterry W, Stockfleth E.Prevention of non-melanoma skin cancer in organ transplant patients by regular use of a sunscreen: a 24 months, prospective, case-control study. Br J Dermatol. 2009 Nov;161 Suppl 3:78-84.2010/1/13 )

Tatouage


Dr Nicolas Kluger, Service de Dermatologie, Hôpital Saint-Eloi, CHU de Montpellier








- Le tatouage comporte une effraction cutanée, donc un risque infectieux pour le tatoué. Quelles sont les mesures d'hygiène que doivent prendre le tatoueur et son client ?

Les mesures d’hygiène se font à deux niveaux successifs. Le tatoueur doit tout d’abord travailler en respectant des conditions fixées par l’arrêté du 11 mars 2009 relatif aux bonnes pratiques d’hygiène et de salubrité pour la mise en oeuvre des techniques de tatouage par effraction cutanée, y compris de maquillage permanent et de perçage corporel, à l’exception de la technique du pistolet perce-oreille. Il utilise du matériel à usage unique et/ou stérilisé. Il inspecte la peau avant le tatouage à la recherche de lésions cutanées infectieuses ou autres. Il désinfecte la peau avant le tatouage et régulièrement pendant le geste et à la fin du geste.
Le tatoué doit par ailleurs respecter les conseils de soins prodigués par le tatoueur. Habituellement, une toilette deux fois par jour du tatouage à l’eau tiède et au savon est largement suffisant. En effet, le savon de Marseille est un excellent désinfectant. Il n’est pas nécessaire d’appliquer de façon répéter un antiseptique de type chlorhexidine ou autre. Il n’y a aucune indication également à appliquer de façon systématique une pommade antibiotique. En cas d’évolution inhabituel du tatouage (absence de cicatrisation au bout de 3-4 semaines, persistance d’un suitement, apparition de croûtes jaunâtres…), il convient de consulter son médecin traitant ou un généraliste.

- Y a-t-il des contre-indications au tatouage?

Il n’existe pas de contre indication absolue au tatouage. En revanche, il convient de consulter son médecin traitant ou un dermatologue pour avis dans certaines situations

- Les patients avec un antécédent de maladie de peau connue pour être chronique comme un psoriasis, un lupus, un lichen, une sarcoïdose ou un vitiligo devraient consultent leur médecin au préalable. En effet, certaines maladies de peau peuvent se localiser spécifiquement sur une zone traumatisée, et par exemple tatouée. Cette complication est imprévisible, peut survenir dans des délais variables après le tatouage. Une maladie ‘active’, ‘évolutive’ ou ‘en poussée’ au cours du tatouage et des antécédents de localisation de la dermatose sur d’autres cicatrices (cicatrices opératoires, cicatrices de traumatismes, ….) sont des arguments pour discuter d’éviter un tatouage. Cela se discute au cas par cas entre le patient et le médecin.
- Certaines personnes peuvent déclencher une réaction d’hypersensibilité (réaction « allergique ») à un pigment de tatouage. Ces réactions apparaissent sous forme de gonflements itératifs ou permanents, de suintements et de démangeaisons localisées à une couleur (habituellement le rouge mais toutes les couleurs ont été rapportés sauf le blanc). Un patient déjà tatoué qui a fait une réaction à une couleur doit éviter de se faire tatouer avec la même couleur, même si la marque est différente. En l’absence de marquage systématique de la composition précise de l’encre et de tests allergologiques, il est difficile de savoir à quel composant précis une personne est « allergique ». Les encres partagent parfois des ingrédients communs, que ce soit dans les mêmes couleurs ou parfois dans des couleurs différentes. Un avis auprès d’un dermatologue et ensuite d’un allergologue peut parfois être nécessaire.
- Les patients porteurs de cardiopathies congénitales ou avec un souffle au cœur connu doivent d’abord prendre contact avec leur cardiologue pour prendre avis et discuter d’une antibioprophylaxie. En effet, des cas d’infections de la valve du cœur (endocardite) ont été décrits après tatouage.
- Les patients aux antécédents personnels de cancers de peau doivent éviter de se faire tatouer. En effet, ces personnes nécessitent une surveillance régulière de leur peau et un tatouage surtout s’il est grand, large, sombre peut perturber la surveillance et retarder le diagnostic d’une lésion suspecte. De plus , les patients porteurs de nombreux grains de beauté surtout s’ils sont atypiques (syndrome de naevi atypiques) doivent la aussi faire attention où ils vont mettre leur tatouage pour les mêmes raisons.
- Enfin, la question se pose de savoir si on peut tatouer les personnes sous traitements anticoagulants en raison du risque de majoration de saignement durant le tatouage ou sous traitements immunosuppresseurs en raison du risque accru d’infection… Ces questions restent en suspens

- Quelles sont les soins permettant d'effacer un tatouage ?

A ce jour, seuls certains lasers sont les traitements de référence de tatouage. Il existe des méthodes physiques et chimiques pour détruire les tatouages au pris de cicatrices permanentes.

Lumière pulsée


Dr Hugues Cartier, dermatologue
8 square Saint Jean
62000 Arras


- Quelle sont les différences entre l'IPL et le laser?


La lumière pulsée (Intense Pulse Light) émet un rayon lumineux polychromatique qui s'étend de 400 à plus de 1200 nm. Bien sûr, il y a tout un système de filtrage de la lumière du visible qui va être coupée en une bande spectrale capable d'être absorbée par les cibles cutanées (lampe xénon avec un verre dope au cérium, eau des-ionisée, filtre plein ou dichroïque, quartz ou saphir ). En fonction de la couleur du filtre, on va pouvoir traiter de nombreuses indications dermatologiques. La LPP agit par photo-thermolyse mais la photo-sélectivité est bien inférieure au Laser. Ce dernier émet un rayonnement quasi monochromatique.



- Quels sont les meilleurs domaines d'application de l'IPL?


Les trois cibles essentielles sont l'eau, le pigment et l'hémoglobine. On peut, avec le bon choix de filtre, le bon train de pulses, les bonnes durées de pulses et d'interpulses, épiler, effacer les hyperpigmentations et réduire les troubles vasculaires. De très nombreuses publications y compris versus Laser rapportent de bons résultats. A cet égard, il est souvent difficile de persuader les laseristes d’utiliser une LPP. En effet, il est bien plus compliqué d’utiliser une LPP, car on a plus de paramétrages et de choix de bandes spectrales à faire, la reproductibilité est plus aléatoire. C'est d' ailleurs un comble quand on constate la présence de centres esthétiques "Lumière pulsée ". Les résultats pour l'épilation sont très comparables au laser mais il faut plus de sessions par rapport à l'Alexandrite qui reste la référence. Les LPP sont très efficaces dans les couperoses télangiectasiques ou les rosacées acnéiformes et beaucoup moins dans les kératoses pilaires rouges ou les érythroses pures. Les LPP sont aussi la référence pour les erythrosis colli. Les résultats sont spectaculaires dans les lentigos bien contrastés sur une peau bien blanche mais mauvais sur les mélasmas seuls. Les LPP font donc référence pour la "rejuvenation", qui associe troubles pigmentaires superficiels et vasculaires. Par contre pour le remodelage photonique, les ridules sont peu réduites. Il ne faut confondre éclaircissement du teint du photo-rajeunissement et néocollagenese qui effacent les rides. Les LPP sont également très utiles pour réduire des cicatrices inflammatoires voire relancer un processus cicatriciel stagnant. Les LPP sont aussi intéressantes pour la photothérapie dynamique mais l'AMM actuel privilégie les diodes.


- Pouvez vous faire un point sur la législation concernant l'utilisation des IPL? Est-elle reservee aux medecins comme les lasers ?


Il y a la loi qui date déjà de 1962 et qui n'autorise les esthéticiennes à pratiquer que " l'épilation a la cire et a la pince en dehors de tout autre technique". Elle est forcément décalée car les LPP datent de 1994! Il y a le marché actuel avec toujours une demande croissante de la population en quête du "zéro poil" sans risque bien entendu. Il y a des réunions au ministère de la santé qui n'aboutissent toujours pas ... Et un lobbying actif des différentes parties concernées. On se demande d'ailleurs qui est le plus à craindre : l'esthéticienne qui casse sa tirelire pour une machine peu puissante pour éviter les brûlures, le dermatologue qui achète bien plus cher une LPP CE-Medical (ou non car rien ne l'y oblige) ou des investisseurs qui attendent une loi favorable pour créer des "chaînes à poils" pour rafler la mise comme on le voit avec les centres UV. Le problème n'est pas le geste qui en lui même est assez simple mais la bonne indication, le bon choix du paramétrage et la gestion des effets inattendus ou indésirables.



- Que penser des IPL en vente libre sur Internet?


Deux poids, deux mesures ! On a d'un coté des machines sans sécurité, qui délivrent des rayonnements instables dans le temps car elles n’ont que des petits condensateurs qui déchargent mal le courant électrique. En effet la plupart de ces types d'appareils viennent d'Asie et celui qui l'achète en sera entièrement responsable. Car quel est l'assureur français qui prendra le risque de protéger un utilisateur d'un appareil sans garantie et qui ne répond pas aux normes CE même non médicales. Néanmoins, certains sont efficaces…Car c’est assez facile de copier une LPP basique. Maintenant, le coût des lasers et des LPP est toujours trop important et avec une crise économique, il est normal d'être tente. Une LPP doit être entretenue car les lampes cassent et les filtres s'abiment. Il faut donc être sur de la pérennité de la société.
Sont-ils aussi efficaces que ceux qui sont utilisés par les professionnels? On est surpris que les certaines LPP basiques fonctionnent bien mais est-ce suffisant pour un médecin ? En fait tout le monde peut acheter une LPP… CE-non médicale mais on n’a légalement pas le droit de l'utiliser sur un patient. La LPP est inscrite à la nomenclature des actes dermatologiques au même titre que les lasers épilatoires, vasculaires et pigmentaires. Il y a donc acte médical si on utilise une LLP et surtout une perte de chance pour le patient lambda. De plus, les "home device", ces micro-lasers diodes ou mini-lampe flash font leur apparition en France. Mais quand on sait qu'il y a même des dermatologues américains qui vendent les petits appareils entre deux séances lasers, il n'y a plus de raison de s'étonner mais de s'alarmer. Les études contrôles, notamment de l'Anglais G. Town, sont édifiantes: les rayons effectivement émis ne correspondent en rien aux caractéristiques inscrites sur l'emballage.


- N'y a-t-il pas un risque important d'effets secondaires?


Le principal risque est de traiter une non-indication: confondre un lentigo avec un mélanome de Dubreuilh, tenter d'effacer une rosacée qui est un lupus. La brûlure est classique comme avec les sources lasers. La sensation de brûlure est atténuée par les pièces à main refroidies mais elles ne sont en rien un gage de sécurité, c'est surtout pour le confort. La délégation de l'acte est possible, et est déjà effective y compris chez les dermatologues. Si elle est peut être envisageable sur le plan technique, rien ne pourra remplacer le diagnostic dermatologique y compris avec un diplôme de laseriste en poche. Il faut l'expérience du diagnostic clinique, l'expérience du médecin et du choix de l'appareil. A la vue de la réduction démographique des dermatologues, je pense que le dermatologue peut déléguer pour des indications sélectionnées mais il doit rester présent dans le centre... Mais c'est juste un avis personnel.


- Quelles sont les perspectives d'avenir pour les IPL?


Immenses! Les esprits chagrins jugent toujours un peu sévèrement les LPP. Mais c'est vrai qu'en de mauvaises mains, on peut faire des dégâts. A la fois brûler et à la fois n'avoir aucun résultat. Mais à chaque fois qu’un nouveau laser apparaît, il est souvent comparé dans des études avec les LPP comme si ce dernier était une référence immuable. Aujourd'hui, on voit encore des améliorations avec des filtres qui réduisent la bande spectrale, des systèmes de froids pulses intègres, des pièces à main de quelques millimètres a plus de 20 cm2... On a aussi des plateformes qui intègrent lasers et LPP. Mais, on voit aussi sur le marché domestique et médical des appareils de mauvaise qualité, j’espère que cela ne fragilisera pas les sociétés sérieuses. Il faut néanmoins choisir une LPP qui autorise plusieurs indications donc plusieurs filtres, qui ont fait la preuve dans des publications non orientées et avec des photographies de toutes les indications qu’elle promet.

Psoriasis



Dr David FARHI, dermatologue, 64 Avenue des Gobelins, 75013 Paris

Qu'a-t-on appris de nouveau sur le psoriasis ces dernières années (en dehors des traitements) ?

La dernière décennie a été riche en avancée dans la connaissance du psoriasis. Ces avancées ont permis de mieux comprendre l’impact de la maladie et de mieux la prendre en charge dans sa globalité.
Le premier point important est le renforcement de l’intérêt porté au retentissement de cette dermatose, considérée encore trop souvent jusqu’à récemment comme un simple problème esthétique. De nombreuses études ont montré que le psoriasis pouvait avoir un retentissement sur tous les domaines (social, professionnel, familial, émotionnel, sexuel …) de la qualité de vie. Il a également été démontré que cette altération de la qualité de vie pouvait être comparable à celles dont sont responsables d’autres maladies chroniques telles que le diabète ou l’insuffisance rénale.
Le deuxième domaine d’avancée est la meilleure connaissance des maladies systémiques pouvant être associé au psoriasis, notamment le diabète, l’hypertension artérielle, l’hypercholestérolémie et l’insuffisance coronaire. Ceci est surtout dans le phénotype II, forme de l’adulte d’âge mur.
Le troisième point est une meilleure connaissance de la physiopathologie du psoriasis, avec la découverte de nombreux gènes associé et de nombreuses cytokines impliquées dans le développement des plaques.

Quelles sont les nouveautés thérapeutiques et les espoirs d'avenir dans cette pathologie ?

Au cours des 5 dernières années, de nombreux traitements du psoriasis ont été mis sur le marché. Il s’agit aussi bien de nouveaux traitements locaux que de nouveaux traitements systémiques.
Concernant les traitements locaux, les principales avancées concernent la galénique. Un premier exemple est la mise à disposition des patients de médicaments combinant 2 principes actifs. Le principe étant qu’en diminuant le nombre de principes actifs applicables d’un seul geste, l’observance du patient, donc l’efficacité du traitement, est favorisée. Un autre domaine de progrès est le développement de nouvelles formes (lotion, gel, émulsion, shampooing) plus adaptée au traitement du psoriasis du cuir chevelu.
Concernant les traitements systémiques, 2 types d’avancées sont notamment à souligner. D’une part une meilleure connaissance des modalités optimales de surveillance du méthotrexate, pour lequel une ponction biopsie hépatique est de plus en plus rarement réalisée.
D’autre part, l’avènement des biothérapies. Cette classe a considérablement modifié l’approche du traitement des psoriasis graves. Le premier effet est qu’en offrant de nouvelles lignes de traitement aux patients présentant les formes les plus difficiles à soigner, les biothérapies ont « libérer » l’usage des traitements systémiques classiques, qui sont actuellement davantage prescrits qu’il y a 5 ans. Le deuxième effet est la possibilité d’obtenir une rémission complète ou quasi-complète à des patients réfractaires aux traitements systémiques classiques, pour lesquels l’impact sur la qualité de vie est la plus marquée. Enfin, l’avènement des biothérapies et les controverses qui leur sont liées ont amené à renforcer la réflexion sur le rapport bénéfice/risque attendu dans la prise en charge de cette maladie.

Chirurgie dermatologique : une place a part entiere

Dr Patrick GUILLOT, Praticien hospitalier


- Service de Dermatologie, Hôpital du Haut-Lévêque, CHU de Bordeaux

- Centre Médico-Chirurgical Wallerstein, 33740 Arès

http://www.docvadis.fr/dr.patrick.guillot/index.html

- Quelle est la place de la chirurgie en dermatologie?
Dr Patrick GUILLOT
« A l’heure où la dermatologie voit son activité menacée dans de nombreux domaines, la chirurgie dermatologique trouve toute sa place dans nos cabinets. Place reconnue, notamment, dans le cadre du Plan Cancer avec le dépistage et le traitement du mélanome et des carcinomes cutanés. Aujourd’hui en France, la majorité des cancers cutanés sont ainsi pris en charge en première intention par les dermatologues. Les cancers cutanés sont d’ailleurs ceux qui présentent la progression la plus importante. Le dermatologue formé à cette chirurgie doit donc être l’expert reconnu de la chirurgie cutanée carcinologique.

- Quelles normes de sécurité le dermatologue doit-il respecter? Quels sont les rérérentiels sur lesquels il peut se baser
Dr Patrick GUILLOT
« Il faut se référer au Guide de 2004 sur les bonnes pratiques pour la prévention des infections liées aux soins réalisés en dehors des établissements de santé (revu en 2006). Au minimum, il faut une salle d’intervention séparée, une bonne gestion des déchets d’activité de soins à risque infectieux (DASRI) et des objets piquants coupants tranchants (OPCT) et un autoclave pour stériliser le matériel. A défaut d’investir dans un autoclave, on peut privilégier le matériel à usage unique.L’ANAES (Agence Nationale d’Accréditation et d’Evaluation en Santé) a publié des recommandations pour la pratique clinique en ce qui concerne la prise en charge du carcinome basocellulaire de l’adulte (juin 2004) et il existe également les SOR (Standards, Options, Recommandations) pour la prise en charge du mélanome cutané (2005). La grande majorité des tumeurs peuvent être traitées au cabinet, mais les cas limites où il faut savoir passer la main sont aussi bien définis. Une étude prospective réalisée entre 2002 et 2003 par le groupe chirurgical de la SFD a été publiée (1,2). Il en ressort que la plupart des lésions ont pu être traitées avec des procédés de réparation très simples. Cette étude confirme également que la pratique de la chirurgie dermatologique au cabinet se fait dans d’excellentes conditions de sécurité et avec un faible coût économique. Les complications hémorragiques ou infectieuses dommageables, nécessitant un traitement complémentaire dont ré-intervention et antibiothérapie, n’ont représenté au total que 0,6 % des cas. Nos confrères dermatologues doivent donc être aujourd’hui convaincus que les actes de chirurgie carcinologique cutanée sont majoritairement réalisables au cabinet ».

- Ces contraintes de sécurité, ainsi que d'autres obstacles font que de nombreux dermatologues conventionnés rechignent à pratiquer la chirurgie dermatologique...
Dr Patrick GUILLOT
« Effectivement, il faudrait que cette chirurgie dermatologique soit reconnue à sa juste valeur. Pour de nombreux dermatologues exerçant en secteur 1, elle est difficile à réaliser pour des raisons de coût. On estime que le prix de revient moyen d’une intervention au cabinet est d’environ 45 euros (matériel, consommables, stérilisation, etc….) alors que l’exérèse d’une tumeur superficielle est gratifiée de 28,80 euros seulement et que la valeur du FSD (forfait sécurité dermatologie) est pour l’instant très insuffisante pour l’exérèse des tumeurs de grande taille. Cela pose un véritable problème, sachant que même à l’hôpital public il faut également tenir compte de la tarification à l’activité, le système risquant d’inciter les hôpitaux à se spécialiser dans les actes les plus faciles à réaliser ou les plus rémunérateurs ; c’est donc un système pervers, générateur d’exclusion de malades. Il existe encore de nombreuses incohérences dans la tarification des actes techniques. Le Groupe Chirurgical de la SFD s’est engagé de concert avec le Syndicat des Dermatologues pour tenter de faire corriger ces aberrations.

- Pour ceux d'entre eux que vous avez fait changer d'avis, comment peuvent-ils se former à la chirurgie dermatologique ?
Dr Patrick GUILLOT
« Les dermatologues sont demandeurs d’un enseignement chirurgical à la fois théorique et pratique. Il y a peu encore, l’enseignement de la chirurgie dermatologique n’était pas suffisamment étoffé dans le cursus de base. C’est ainsi que certains dermatologues n’osent pas la pratiquer et confient trop souvent leurs patients aux chirurgiens, parfois même pour une simple biopsie ! Le collège des enseignants en Dermatologie de France (CEDEF) a incorporé après l’expérience pilote bordelaise, un module chirurgical à l’intérieur de la maquette du Diplôme d’Enseignement Spécialisé de Dermatologie. Ce module chirurgical figure donc désormais sur le livret de l’interne et donne de ce fait une lisibilité chirurgicale à notre spécialité. Cet enseignement obligatoire a pour but de valider les gestes techniques d’initiation par des dermatologues seniors. Depuis 2000, existe également un diplôme inter-universitaire national (DIU) de dermatologie chirurgicale. Il se déroule sur un an avec un enseignement théorique, des travaux pratiques sur sujets anatomiques, et au sein des blocs opératoires en clinique ou à l’hôpital, ainsi qu’en cabinet libéral. Chaque année, une quarantaine de candidats s’inscrit. Par ailleurs, les ateliers de dermatologie chirurgicale des Journées Dermatologiques de Paris proposent des formations de niveau 1 (débutant) et niveau 2 (confirmé). L’audio-visuel représentant aujourd’hui un formidable outil pédagogique, un DVD d’enseignement complètement inédit et novateur permet un « compagnonnage virtuel », des extraits sont consultables sur le site internet de la SFD.Enfin, un rapport de la Haute Autorité de Santé (HAS) à propos des « conditions de réalisation des actes d’exérèse de lésions superficielles de la peau » a été publié en juillet 2007 et a valeur officielle de reconnaissance du caractère médico-chirurgical de la dermatologie, au même titre que d’autres spécialités. Il y est précisé également que la formation de chirurgie cutanée fait partie de la formation initiale de différentes spécialités, principalement de dermatologie, de chirurgie plastique et réparatrice, de chirurgie générale, d’ORL et de chirurgie maxillo-faciale.

- Mais il n'y a pas que la chirurgie dans la prise en charge des cancers de la peau : quelle est la place des traitements non chirurgicaux ?
Dr Patrick GUILLOT
« Les traitements non chirurgicaux (imiquimod, photothérapie dynamique, cryochirurgie, radiothérapie…) ont leurs indications. Mais, même lorsque les patients sont âgés ou sous anticoagulants ou antiagrégants plaquettaires, la chirurgie doit rester le traitement de première intention. D’autant, qu’il est maintenant acquis qu’il n’est plus nécessaire d’arrêter systématiquement les anticoagulants ou les antiagrégants avant une chirurgie cutanée car cela peut entraîner des accidents thrombotiques sévères, beaucoup plus difficiles à gérer que d’éventuelles complications hémorragiques. »

1-A prospective study of the incidence of complications associated with dermatological surgery. Amici J-M, Rogues A-M, Lasheras A, Gachie J-P, Guillot P, Beylot C, Thomas L, Taïeb A. Br J Dermatol 2005 ; 153: 967-71

2-Rogues A-M, Lasheras A, Amici J-M, Guillot P, Beylot C, Taïeb A, Gachie J-P. Infection control practices and infectious complications in dermatological surgery. J Hosp Infect 2007; 65: 258-63

Dermite seborrheique


Reproduction de l'interview du Catherine Oliveres Ghouti, Dermatologue à Paris
publiée sur http://www.dermatonet.com/

1/ Qu'est-ce que la dermite seborrheique?
Dr Oliveres Ghouti :
La dermite séborrhéique est une dermatose fréquente, qui entraîne de nombreuses consultations étant donné son retentissement sur la qualité de vieIl s’agit le plus souvent de plaques rouges, avec une desquamation ( la peau pèle) sur le visage.Les zones les plus concernées sont les sillons naso-géniens ( entre les joues et les ailes du nez, sillons qui descendent jusqu’au menton), les sourcils, le front, la bordure des cheveux.Mais il peut y avoir des plaques plus étendues, recouvrant presque tout le visage.Ces plaques démangent, et les patients pensent ( en raison de la desquamation) que c’est une sécheresse particulière ou des dartres.Il n’en est rien car cette dermatose survient justement sur des zones où il y a beaucoup de glandes sébacées (qui fournissent le sébum)Rappelons que le sébum est utile, puisqu’il participe à la bonne santé de la peau en étant un élément du film hydrolipidique, protecteur de l’épiderme.Mais dans la Dermite Séborrhéique, les zones où il y a trop de sébum sont « colonisées » par des micro-organismes de la peau… et là apparaissent des plaques rouges, avec des peaux blanches de desquamation.Ces plaques grattent souvent.On reconnaît la dermite séborrhéique à son aspect de plaques rouges avec une desquamation et ses localisations : sourcils, ailes du nez, bordure du cuir chevelu…Le cuir chevelu peut être atteint sous forme de pellicules grasses, diffuses ou en plaques qui démangent également.Certaines formes de dermite séborrhéique sont proches du psoriasis. Et il y a des associations de psoriasis et de dermite séborrhéique. Les formes frontières sont fréquentes.
2/ Quels sont les traitements et les soins de la dermite seborrheique, les conseils à donner aux patients?
Dr Oliveres Ghouti :
Personnellement je traite la dermite séborrhéique du visage avec des traitement topiques non agressifs, et je n’utilise jamais de corticoïdes locaux ; en effet leur action anti-inflammatoire est rapide, mais très vite on a un rebond et les patients finissent par en appliquer quotidiennement. Nous voyons trop de personnes qui deviennent « accros » à leur crème à la cortisone et qui finissent par avoir une «acné cortisonique » difficile à traiter ; d’autant plus difficile à soigner que les patients ont beaucoup de mal à se séparer de leur corticoïde chéri !!!
Les conseils pour les patients : éviter les cosmétiques agressifs, tant sur le plan de l’hygiène que du soin. Et consulter un dermatologue au lieu d’écouter les bonnes recettes de l’entourage, qui souvent vous donne sa « crème miracle » qui est souvent un corticoïde.Pour le cuir chevelu, utiliser des shampooings doux lavages fréquents et une fois par semaine un shampooing spécifique Dermite séborrhéique, à laisser agir 3 minutes.Le rinçage à l’eau vinaigrée des cheveux assainit également.
Retrouvez le texte complet de cette interview et les photos sur : http://www.dermatonet.com/dermite-visage.htm

cicatrices


Reproduction de l'interview du Catherine Oliveres Ghouti, Dermatologue à Paris

1/ Quels sont les différents types de cicatrice d'acné et leurs causes ?
Dr Oliveres Ghouti :
Les différents types de cicatrices d’acné :On rencontre sur un même visage souvent plusieurs sortes de cicatrices d’acné : cicatrices en pente douce, cicatrices en pic à glace, cicatrices tortueuses et confluentes, cicatrices en relief, ou cicatrices récentes inflammatoires ( rouges sur peau blanche, marrons sur peau mate ou foncée).La cause des cicatrices d’acné.Les cicatrices d’acné sont dues à la maladie elle-même le plus souvent, mais parfois à la peau elle-même ( peaux noires) ou à un tripotage des boutons qui donne une « perte de substance » et aboutit à un trou, aux bord plus ou moins réguliers.
2/ Quels sont les traitements des cicatrices d'acne
Dr Oliveres Ghouti :
Les cicatrices qui répondent le mieux au traitement sont les cicatrices en « pente douce », car elles peuvent être « comblées » par un produit comme l’Acide Hyaluronique ( utilisé pour le comblement des rides)On proposera un traitement chirurgical des cicatrices en pic à glace et pour terminer, après avoir comblé ou traité chirurgicalement on pourra effectuer un « peeling » de moyenne profondeur ou une dermabrasion ( classique ou au laser) pour aplanir et redonner un aspect le plus lisse possible au visage.Quand traiter ?Il faut toujours attendre qu’il n’y ait plus de cicatrices « inflammatoires » car elles sont toujours évolutives. On considère qu’une cicatrice évolue pendant plusieurs mois à un an.Toutefois on conseillera, en attendant de traiter ces cicatrices, des crèmes de prévention, un traitement médical doux de type peeling superficiel, et surtout une protection vis à vis du soleil.Formes particulièresSur les peaux noires on rencontre souvent des cicatrices hypertrophiques ou chéloïdes, en relief, dures. Elles sont particulièrement difficiles à traiter, car c’est souvent la peau elle-même qui génère ces cicatrices.Certaines personnes qui vers 30 ans ont peu de cicatrices, viennent nous consulter vers la cinquantaine, car les rides, sur le menton, les joues, accusent les cicatrices anciennes et celles-ci deviennent très gênantes.Les conseilsSurtout ne pas exiger du dermatologue qu’il traite vos cicatrices… tant que l’acné n’est pas guérie !!!Et ne jamais tripoter ses boutons.Pour les parents : amener vos enfants dès qu’ils ont de l’acné, car certaines formes d’acné sont cicatricielles d’emblée et seuls les dermatologues peuvent prescrire un traitement puissant permettant d’enrayer cette évolution.Une fois l’acné guérie, savoir qu’il faudra plusieurs mois souvent pour traiter les cicatrices, mais que le jeu en vaut la chandelle !
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acne


Reproduction de l'interview du Pr Brigitte Dréno Unité de Cancérologie cutanée Hotel-Dieu, Place Alexis Ricordeau, 44093 NANTES CEDEX 01
publiée sur http://www.dermatonet.com/

1/ Quelle est l'evolution de l'incidence de l'acné : augmente-t-elle, est-elle stable ou diminue-t-elle?
L’incidence de l’acné est stable et ce quelque soit les pays. Elle est de l’ordre de 80% en incluant les acnés minimes de type rétentionnelles. Les acnés sévères représentent environ 10% des acnésPar contre, l’acné de l’adulte et notamment l’acné de la femme est en augmentation et représente aujourd’hui environ 20% des acnés
2/ Quels sont les rapports entre alimentation et acné?
Aucun rapport entre acné et alimentation n’ a été à ce jour bien établi. Mais des études récentes indiquent que les sucres d’assimilation rapide, certains acides gras contenus dans l’alimentation pourraient jouer un rôle indirect via l’activation de récepteurs ou cytokines qui modifieraient la prolifération et la différentiation kératinocytaire et ainsi induiraient la formation de lésions rétentionnelles. Mais tout ceci reste à prouver.
3/ Le traitement contre l'acne est dorenavant bien codifie. Pouvez-vous le detailler en fonction du type d'acne ?
Voir le tableau elaboré par le Groupe experts acné : B. Dréno, C. Beylot, M. Chivot, O. Chosidow, M. Faure, H. Pawin, F. Poli, J. Revuz : cliquez ici
4/ Quelles sont les indications de la mise en place d'un traitement par isotretinoine (Contracne ®, Curacne ®, Procuta ®, Roaccutane ®) ?
Avec les nouvelles normes européennes, l’isotrétinoine ne doit être prescrite qu’ après un traitement antibiotique associé à un traitement topique bien mené, sans que soit précisé la durée de ce dernier mais ceci quelque soit le type d’acné. Néanmoins, lorsque l’isotrétinoïne semble indiquée en 1ere ligne notamment devant une acné nodulo kystique avec des risques cicatricielles, sa prescription doit être discutée en 1ere ligne

5/ En cas de mauvaise tolerance a la posologie usuelle, que pensez-vous de l'utilisation de l'isotretinoine (Contracne ®, Curacne ®, Procuta ®, Roaccutane ®) à faible dose au long cours?
Il n’ y a ce jour aucune étude scientifique de valeur pour juger à la fois de l’efficacité et de la fréquence des rechutes avec l’ isotrétinoïne à faibles doses. Celle-ci doit donc être réservée à des indications bien précises comme les patients ayant une poussée inflammatoire très sévère voire une acné fulminans sous isotrétinoine.
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Couperose


Reproduction de l'interview du Pr Jean-Luc SCHMUTZ Service de Dermato-Vénéréologie Hôpital Fournier - 36 quai de la Bataille 54035 NANCY Cédex
publiée sur http://www.dermatonet.com/
1/ Les causes de la rosacee sont nombreuses et semblent encore mal elucidees. Si la predisposition chez les personnes a phototype clair, le role vasculaire et l'action de Demodex folliculorum ne semblent pas faire de doute, qu'en est-il du role du de l'exposition solaire dans la genese et l'aggravation de la rosacee?Quelles sont les grandes avancées thérapeutiques de ces dernières années et les perspectives d'avenir ?
Pr Jean-Luc Schmutz :
En effet la physiopathologie de la rosacée n’est pas, aujourd’hui, totalement élucidée. Certains la considèrent comme une maladie primitivement vasculaire. En fait, il existe certainement plusieurs facteurs qui se conjuguent pour que la maladie puisse s’exprimer. Parmi ces facteurs le soleil et les UV ont certainement une place prépondérante. En premier lieu on constate que la rosacée atteint préférentiellement les sujets originaires des pays nordiques à peau et yeux clairs. Par ailleurs, la maladie se localise préférentiellement au niveau des zones photo-exposées : nez, joues, front, partie glabre du cuir chevelu chez les hommes chauves.En deuxième lieu, sur le plan histologique on constate essentiellement une perte de l’intégrité du tissu collagène et une dégénérescence du tissu élastique. Ces effets sont secondaires à l’exposition aux UV. L’atteinte du derme suggère que les UVA jouent un rôle majeur. Les UV à travers le processus d’élastose solaire induit par les espèces réactives de l’oxygène peuvent produire des altérations des vaisseaux et du collagène périvasculaire ainsi qu’une élastose actinique. Toutes ces constatations sont retrouvées sur le plan histologique en matière de rosacée.
2/ Quelles sont les consequences qui découlent de la meilleure comprehension du role des UV dans la rosacee ?
Pr Jean-Luc Schmutz :
Les UV jouent un rôle important dans la genèse de la rosacée comme nous venons de le voir. Des règles de photoprotection sont indispensables si l’on veut éviter le déclenchement de la maladie ou l’apparition des poussées. Les UV jouent un rôle important chez les personnes à peau claire en sachant qu’il existe certainement, de plus, des facteurs génétiques prédisposant. Les études épidémiologiques montrent que la prévalence la plus élevée est de l’ordre de 10 % en Suède. En conséquence l’utilisation de photoprotecteurs est indispensable pour éviter les dommages solaires qui peuvent aggraver ou induire les symptômes de la rosacée. Tous les écrans solaires sont indiqués et plus particulièrement les écrans solaires de type chimique, inorganique (oxyde de zinc ou dioxyde de titane).Certains laboratoires proposent d’utiliser en cas de rosacée une association à base de métronidazole et d’un écran solaire. Enfin, les antioxydants présentent peut-être une voie d’avenir. Des essais sont en cours avec la forme réduite de nicotinamide adénine dinucléotide (NADH) qui a des propriétés physiologiques antioxydantes remarquables. Agissant directement comme antioxydant, elle agit comme protecteur cellulaire et membranaire contre l’atteinte des radicaux libres.
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Psycho somatique


Reproduction de l'interview du Dr Robert MALET, 65, Bd de Courcelles 75008 Paris


1/ La psychosomatique ressemble parfois à un fourre tout. Comment préciser cette notion ?
Dr Robert MALET :
Le terme psychosomatique recouvre en fait deux domaines : - d'une part les interactions (voire l'entrelacement) psychisme et corps ; - d'autre part la relation médecin malade.Les bases physiologiques des interactions psychisme / corps, sont bien établies. Embryologiquement, le système nerveux est la résultante d'une invagination de l'ectoderme, feuillet qui donnera la peau. Cette origine commune aboutit à des relations intimes, avec de très riches terminaisons nerveuses cutanées non seulement dans le derme, mais aussi l'épiderme comme cela a été montré plus récemment, et au contact des cellules de Merkel qui font partie du système immunitaire. On parle d'ailleurs du système neuro-immuno-cutané.De nombreux travaux étudient les conséquences de ces liens neurocutanés. En particulier, au cours de la dermatite atopique, ou du psoriasis existe un lien particulièrement net entre poussées, et vécu psychique des événements.( Cf annexe à propos de la dermatite atopique)

2/ Un entrelacement peau - système nerveux, comme s'il n'y avait plus de frontière nette entre corps et système nerveux ?
Le modèle physiologique va dans ce sens. Et c'est bien d'entrelacement qu'il faut parler, car les stimulations se font dans un sens et dans l'autre, avec des systèmes de feed-back qui fonctionnent en boucle, je dirais presque en écho. Il faut bien imaginer, dans tout cela la mise en jeu de cytokines et d'autres éléments du système immunitaire qui ont des effets tant cutanés que neurologiques.Cependant, dans la perspective des relations psychisme et corps, au quotidien, on reste habituellement dans un raisonnement de causalité, au mieux circulaire. En d'autres termes, on envisage :• le psychisme comme facteur favorisant possible de la maladie ;• et éventuellement, en retour, le retentissement de la maladie somatique comme pouvant retentir sur le psychisme.Il s'agit d'un raisonnement causaliste, la maladie corporelle étant présentée comme conséquence d’un dysfonctionnement psychique, favorisant ainsi l’idée d’un clivage corps-esprit. Le psychisme devient un facteur causal possible de la maladie organique, au même titre qu’une hypothèse virale. Cette perspective présente deux inconvénients majeurs :- d’une part, elle sous-entend qu'il existerait l’esprit d’un coté, et le corps de l’autre, l’esprit commandant au corps;- d’autre part, le patient est implicitement rendu responsable de ce qui lui arrive puisqu'il créerait sont symptôme. Cela sous entend que son psychisme ne fonctionne pas correctement.C’est dans cet ordre de pensée que les patients s’entendent dire "c’est psychologique", ou "c’est nerveux" ! . Si parler du rôle du psychisme en médecine, c'est ça ! Alors je comprends le rejet dont la psychosomatique est parfois l'objet.
Au passage, il faut se méfier de la psychologisation du symptôme tant du côté des médecins, que de celui des patients. Ceux-ci nous disent parfois de leur symptôme cutané : « c'est psychologique »; et là, il ne faut pas se laisser embobiner. En effet, nommer une chose n'est pas l'expliquer, et le patient n'en comprend pas forcément le sens et la portée.
3/ Peut-on définir un peu mieux ce facteur "psychologique"?
C'est une des questions à 2 étages. Tout d'abord, ce facteur est-il :- un événement stressant, comme cela a été évoqué pour la pelade et dans ce cas, le stress est-il du à l'événement, ou à la perception de cet événement ? - une structure psychique particulière comme certains travaux le suggèrent. Par exemple, Marty et son équipe ont mis en évidence l'existence de ce qu'ils ont nommé une pensée opératoire (élaboration psychique déficiente, et imaginaire pauvre) chez certains patients porteurs de maladies chroniques. Ils ont proposé l'hypothèse que ce qui ne pouvait se transformer en représentation psychique (mentalisation) pouvait se transformer en maladie somatique. Ultérieurement il est apparu que le fait d'être malade pouvait favoriser le développement d'une pensée opératoire. On peut retenir que l'important c'est la rencontre d'un événement qui prend un sens particulier dans l'histoire et la structure psychique d'un patient, à un moment particulier de son histoire. Ensuite, les facteurs psychologiques jouent-ils réellement un rôle dans la genèse d'une maladie ? Dans les cas de la survenue des cancers, les études n'ont pas, jusqu'à ce jour, montré d'effet du stress ou de la dépression. Par contre, pourraient jouer un rôle dans sa survenue, certains traits de caractère comme la répression émotionnelle, mais aussi certains types de caractère (type C). Les facteurs psychologiques interviennent par contre dans le pronostic. En dermatologie, il est montré que les facteurs psychiques interviennent comme facteur pouvant déclancher les poussées de certaines dermatoses. Mais le déclanchement par un événement psychique ne signifie pas que cet événement ou son vécu soient anormaux. Il faut habituellement un terrain qui rende le sujet plus réactif à un stimulus qui ne déclancherait pas forcément une poussée chez quelqu'un d'autre.Les facteurs psychologiques agissent conjointement aux facteurs environnementaux, biologiques et génétiques. Ce sont à la fois des traumatismes psycho-affectifs, des stress ainsi que des caractéristiques génétiques et de la personnalité des sujets qui sont confrontés à ces stress. Le médecin peut donc aider à démêler cela, au sein de sa relation avec le patient. Cependant il ne connaît pas, "à priori", le rôle du psychisme à la vue du seul symptôme. Ainsi, pour beaucoup de médecins qui s'intéressent à la psychosomatique, la question de savoir si les facteurs psychologiques peuvent être en cause dans la genèse de la maladie, n'est pas une question centrale. Par contre, ce qui nous intéresse beaucoup plus, c'est de ne pas occulter, au-delà du premier plan que représente le symptôme, ce qui se passe autour de ce symptôme, la façon dont il peut venir se cristalliser dans le fil d'un vécu. Ce que nous prenons pour de l'ignorance, des préjugés, et qui sont si irritants pour les médecins, peut aussi se comprendre comme étant une recherche de sens... aboutissant parfois à des contre-sens. L'importance du décalage existant entre la connaissance médicale du médecin, et la connaissance que le patient à de sa maladie, conduit souvent ce dernier à ne pas parler. Il rendra souvent le médecin responsable de cette situation parfois à tort, parfois à raison. L'approfondissement de la compréhension de la relation médecin malade doit nous permettre de ne pas occulter ces plans qui sont masqués par la présentation de symptômes, notamment parce que le sens et le contresens sont des obstacles potentiels à la bonne prise en charge thérapeutique. Ils sont aussi à l'origine de traces psychiques disproportionnées par rapport à la maladie.

4/ Le rôle du médecin est de guérir, et la médecine est de plus en plus efficace. N'est-ce pas là le plus important ?
Notre technique médicale et son efficacité sont le point fort de notre médecine. Il est bien évident que la maîtrise de cette techniques et sa bonne utilisation sont la base et le socle de notre pratique.Mais précisément, alors que la médecine devient plus efficace, on assiste à un engouement croissant pour les médecines parallèles dont l'efficacité thérapeutique est pourtant moins brillante. Cela est probablement dû à deux facteurs : d'une part l'écoute que l'on y trouve, d'autre part une sorte de "philosophie" de l'humain et du "sens" de la maladie qui ne font pas partie intégrante de notre médecine.En effet, rappelons un point essentiel de l'histoire de la pensée médicale. C'est au XVIIIe siècle que la méthode expérimentale découverte en physique, a été transposé à la médecine par Claude Bernard et Magendie.Cette méthode repose sur un raisonnement en 2 étapes : -- l'induction : on observe les faits et on en induit une hypothèse ;-- puis la déduction : à partir de l'hypothèse, on réalise une expérience afin de vérifier si cette hypothèse est valide. Autrement dit, il faut que l’hypothèse permette de prédire le résultat. Pour être reproductible et démonstrative, l'expérience doit bien isoler les facteurs étudiés de leur environnement, en éliminant tout parasite susceptible de perturber le résultat ou son interprétation.En médecine, pour être performant il a fallu étudier l'organe, puis le tissu, la cellule, la molécule, en les isolant de leur environnement.Le médecin est ainsi parvenu à cette "objectivité" que l'on appelle scientifique. La méthode est extrêmement efficace, mais il y a antagonisme entre cette objectivité scientifique et la place laissée à la subjectivité du patient. Autrement dit, ce que pense le malade, ce qu'il vit, la conception qu'il a de ses symptômes n'apporte rien à la médecine, et en principe au médecin, que ce soit sur le plan du diagnostic, du traitement, ou de l'efficacité sur la maladie. Ainsi « On ne peut prétendre sauver à la fois le discours médical et le discours du patient ». Le cas, le numéro de chambre dont on se sert pour définir les malades à l'hôpital, ou encore le nom des organes dont on se sert pour parler des opérés, ne sont pas liés au manque de temps. Ce sont des conséquences de la façon dont la médecine scientifique est constituée : pour elle, ce qui est visé, c'est la maladie, donc un organe ou un numéro, et non un malade ou un nom. La médecine, de par le fait même qu'elle tend à l'objectivité, s'éloigne donc du sujet, de l'individu, de l'être. Ce qu'elle gagne en efficacité, elle le perd en humanité. Pour ceux qui ont la chance de ne pas être malades, il faut tout de même s'astreindre à accompagner un proche à l'hôpital ou même en consultation pour bien comprendre, autrement qu'intellectuellement, l'importance de la façon dont le patient est pris en compte en tant qu'être humain, ou à l'inverse considéré comme quantité négligeable.Mais ce n'est pas seulement l'humanité du patient qui est perdue, mais aussi celle du médecin. Celui-ci disparaît en tant que sujet au profit de sa seule fonction d'agent de la médecine. On peut d'ailleurs se demander si cette perte de considération douloureusement vécue par nombre d'entre nous n'est pas une conséquence directe de ce phénomène. Peut-être est-ce aussi à ce titre-là que nous n'avons pas intérêt à nous comporter comme de simples techniciens.

5/ Que dire à ceux qui envisagent de se former dans ce domaine de la psychosomatique ?
La diffusion du discours psychologisant donne une impression trompeuse de familiarité avec ces notions. Impression qui masque la difficulté et la spécificité de la formation et de la pratique psychosomatique, radicalement différente et néanmoins complémentaire de celle de la médecine. Impression qui masque aussi la grande richesse de ces notions et de cette pratique.Le préalable est de définir le cheminement que nous sommes prêts à effectuer avec nos patients. Autrement dit, appliquer la technique médicale est suffisant pour être un bon technicien de la médecine, mais pas pour être un médecin. Il est cependant indispensable que nous soyons bons techniciens, et c'est d'ailleurs la condition nécessaire pour obtenir son doctorat. Mais est-ce suffisant pour être réellement un médecin ?Cela dit, nous devons faire un choix clair. Si nous ne portons pas intérêt à la vie intérieure de nos patients, il n'est pas possible d'aller à l'encontre de cela. Il est alors préférable de ne pas s'engager dans cette voie ; en effet le risque serait alors de «laisser tomber» le patient en cours de route, ce qui est très néfaste.

6/ De quelle notion pourriez-vous nous donner un aperçu ? Peut-être de l'écoute ?
C'est effectivement un bon exemple. Mais là encore, au-delà des notions théoriques, reste la mise en pratique, la compréhension profonde et le vécu de ces notions. 1 - Certes, écouter c'est laisser parler l'autre. C'est aussi :- avoir envie d'écouter ce que le patient a envie de dire ; - savoir écouter aussi ce qu'il ne nous dit pas ;- savoir écouter le langage du corps ; - respecter certains silences. Ecouter, c'est aussi supporter qu'un malade exprime jusqu'au bout ses croyances, ses inquiétudes ou ses doutes (par exemple sur le bien-fondé d'un traitement). C'est aussi écouter pour comprendre l’idée que le patient se fait de sa dermatose, comment il se la représente, sans cela on informe souvent à "coté" : on ne donnera que les explications qui nous semblent importantes, et pas celles qui pourraient l'apaiser, et l’on risque de lui proposer des traitements qui lui paraissent inutiles au regard de sa croyance...Ecouter c'est aussi … savoir parler ! Savoir reformuler ce que dit le patient pour lui montrer que l'on a entendu et compris. Savoir aussi poser des questions si l'on perçoit que le patient "escamote" trop systématiquement certains points.A contrario écouter c’est aussi rester attentif à ne pas laisser le patient se vider de tout ce qu'il a à dire, et à nous révéler des choses qu'il n'a, au fond, pas envie de nous dire, ou tout au moins pas envie de nous dire aussi vite. Et il est parfois difficile de percevoir la limite.C'est aussi savoir écouter, repérer les « temps de blocage » du patient. En effet, parfois le patient « n'entend plus » car les explications du médecin sont en contradictions avec ce qu'il prévoyait. Continuer à expliquer est alors inutile. Il faut savoir repérer cette phase et laisser au patient le temps de la surmonter. Des études ont montré que, chez la plupart des patients, si l'on parle de cancer, ils n'entendent plus ce que le médecin leur dit ensuite pendant 10 à 15 minutes. Tout l'espace psychique est occupé par cette nouvelle, et il est inutile de vouloir faire passer un message. Il faut donc, d'abord, savoir repérer cette phase de blocage, puis laisser au patient le temps dont il a besoin pour la surmonter. C'est aussi repérer les réactions qui ne nous sont pas adressées, à nous en tant qu'individu. Il est alors important d'avoir une attitude « contenante », c'est-à-dire être là, vraiment, à l'écoute au-delà des mots et l'on réalisera alors que telle attitude agressive ou tel entêtement n'est en fait qu'une réaction d'évitement et qu'il serait dérisoire d'y répondre en utilisant le même registre ou cruel d'y rester indifférent.2 - Ecouter, comme vous l'avez compris, nécessite souvent une grande patience, et cela nécessite aussi de savoir nous écouter nous-même, afin de repérer nos propres réactions, nos sentiments qui sont parfois assez puissants pour perturber sans raison apparente la relation. Ce phénomène est nommé contre-transfert. C'est le résultat de « l'influence du malade sur les sentiments inconscients du médecin ». Il est parfois difficile, sur le vif, de ne pas se laisser submerger par nos émotions (peur, agressivité ...) à l'égard d'un patient. Cela nécessite tout un travail pour parvenir à mieux cerner ces situations et ne pas entrer dans un rapport de force stérile tant pour le patient que pour le médecin. Par exemple, les maladies chroniques malmènent le médecin dont la vocation s'enracine dans un désir d'efficacité sur la maladie et sur la mort. Quand ce désir n'aboutit pas, le médecin risque de baisser les bras face à la maladie qui lui résiste ou d'abandonner le malade ou de développer des sentiments d'agacement ou même une hostilité à l'égard de son malade. A cet égard, les groupes Balint sont d'un apport très précieux.3 – Mais il s'agit là que d'un aperçu de la question de l'écoute. Il ne s'agit aussi que d'une des notions qui nécessitent d'être approfondies, et cet approfondissement se fait parallèlement sur un plan théorique et pratique. La pratique, essentielle, permet en effet d'apprendre à repérer ce qui nous échappe des particularités de nos patients et de nos mouvements intérieurs, et à éviter de plaquer la théorie sur des situations particulières. La théorie soutient la réflexion, et la relance parfois, sans être un guide. Le contraire de la médecine organiciste.

7/ Finalement, comment situer la psychosomatique dans notre pratique ?
Un exemple simple nous donnera un éclairage partiel. Un patient parfaitement opéré d'une maladie de Bowen de la verge a vu trois dermatologues successifs. Leur discours, dit-il, était cohérent et superposable. Malgré tout, il restait très inquiet. Il a fallu 10 minutes pour qu'il parle d'une chose "dont il n'avait pas parlé jusque-là aux médecins". Il s'agissait de sa femme décédée d'un cancer de l'ovaire 15 ans auparavant, alors qu'elle avait été considérée guérie. Le cancérologue, après le décès, avait même fait relire les lames histologiques tellement il avait été surpris. Et il y avait des signes d'extension du cancer de l'ovaire passés inaperçus quelques années auparavant... Sa confiance dans le pronostic de bénignité était donc fortement ébranlée. De plus, un de ses amis généraliste lui avait dit quelques jours auparavant qu'il n'y avait pas de petit cancer. Cela ajouté aux renseignements collectés sur internet à propos du Bowen et du carcinome spinocellulaire... ne l'avait pas rassuré. Il n'avait pas parlé de cela aux premiers dermatologues. Bien entendu, ce n'était pas un dialogue simple, mais il a été possible d'aborder réellement les questions qu'il se posait. Et de ne pas se limiter à une formule parfaitement exacte, mais qu'il interprétait comme lénifiante : "je vous assure que ce n'est pas grave". Le fait que le patient puisse exprimer ses peurs à permis au médecin de donner une réponse honnête, et dont le patient a enfin pu tenir compte.La psychosomatique notamment dans cet approfondissement de la compréhension de la relation médecin malade permet :-- une meilleure observance thérapeutique; rappelons nous qu'en règle générale seulement 50% des prescriptions sont correctement suivies;-- une meilleure compréhension de la maladie par les patients et une amélioration de la qualité de vie, comme ce fut le cas dans l'exemple.Un autre intérêt, et pas des moindres, est de renouveler sans cesse l'intérêt de notre pratique. En effet, comme le disait un de mes patrons "quand on voit son premier mouton à 5 pattes (médical), on frétille. Mais quand c’est le 100e ou plus, on se lasse ; c’est répétitif". Je prolongerai cette remarque qui me semble au moins en partie vraie, en disant que la seule chose qui change toujours en médecine, c’est l’humain. Un troisième intérêt, c’est d’ouvrir une nouvelle compréhension de ce qui se passe en consultation. Les remarques, les comportements des patients et même leur possible agressivité prennent un autre sens. Sur l'autre versant, apprendre à écouter ses propres émotions, ses sentiments, évite bien des erreurs. Et ces deux aspects sont source de satisfactions quotidiennes.

8/ Une conclusion ?
Finalement la question de savoir si une maladie est psychosomatique ou ne l'est pas, est à la fois de grande importance, et sans grande importance :• sans importance car, de toutes façons, il faut soigner la maladie : qu'elle soit psychosomatique ou non, l'atteinte des organes évolue habituellement pour son propre compte ;• de grande importance parce qu'il s’agit de la question de la cause, et par-delà du sens que l'on peut donner à la maladie. De tout temps et dans toutes les cultures, les humains se sont posé cette question du sens de la maladie. Par exemple, très schématiquement, en Afrique quand quelque chose ne va pas, c'est que quelqu'un vous veut du mal, et vous a lancé un mauvais sort. En Europe, c'est plutôt que l'on a fait quelque chose de mal. La culpabilité est au premier plan. À une époque c'était la punition de Dieu, et je dirais que parfois l'explication "maladie psychosomatique" vient en substitution à cette idée de faute.Ces éléments soulignent nos préalables de pensée, et le point auquel nos idées et nos conceptions de l'homme, de sa maladie peuvent être conditionnées par notre histoire personnelle et notre culture. Cela éclaire un peu différemment cette question de savoir si une maladie est psychosomatique ou non. Au-delà de cette question, que la maladie soit psychosomatique ou pas, le patient, lui, est toujours "psychosomatique", au sens où il s'agit d'un être humain qui rencontre une maladie, sa propre maladie, à un moment propre de son histoire. Et sa maladie, quelle qu'en soit son origine, s’imbriquera toujours avec son histoire. La façon dont elle sera vécue, la place, le sens et le relief qu'elle prendra dans l’histoire de ce patient seront largement infléchis par la façon dont elle sera prise en change, comprise et vécue avec l'aide des soignants. Et c’est de cela dont nous sommes aussi en charge en tant que médecins soignants.


ANNEXE :
A - DEUX CATEGORIES DE TRAVAUX PSYCHOLOGIQUES ont été réalisés chez des sujets atopiques : d'une part des rapports détaillés de cas suivis en psychothérapie analytique et d'autre part des études de population.I - Les travaux portant sur la personnalitéDes psychanalystes français (P Marty et collaborateurs) ont décrit chez les sujets atopiques une personnalité dite « allergique » dont les caractéristiques sont aussi fréquemment retrouvées par les dermatologues lors des consultations dermatologiques classiques : avidité affective, dépendance aux membres de l'entourage, avec, à la fois, un besoin de protection et une attitude captatrice et possessive. Ces sujets surprennent parfois, dès le premier contact, par une aisance excessive face à un interlocuteur pourtant non familier.Plus récemment, différents travaux tendent à montrer que par rapport à des malades de groupes contrôles présentant une dermatose ou une maladie organique autre, les malades atopiques se mettraient plus vite en colère avec des difficultés pour exprimer celle-ci. Ils seraient aussi plus anxieux et moins sûrs d'eux-mêmes. Il a été noté par ailleurs une plus grande fréquence du trouble panique chez ces sujets.En outre les sujets atopiques répondraient plus vite et plus facilement par le grattage aux frustrations. Ces frustrations correspondraient le plus souvent à la perte de liens (ou à la crainte de perte de liens) avec la personne dont dépend particulièrement le sujet atopique.Enfin, il a été montré que dans la dermatite atopique, l'intensité du prurit était corrélée à l'intensité de la dépression.II - Le rôle du comportement maternel chez les enfants atopiques.Certaines études mettent en avant le fait que les mères d'enfants souffrant de dermatite atopique éviteraient les contacts physiques et limiteraient les caresses. Ces mères cacheraient leur agressivité à l'égard de leur enfant par ce qu'il est convenu d'appeler « une sollicitude anxieuse ». Il s'agit en fait là de constatations que R. Spitz avait effectuées à partir d'une population de mères célibataires vivant en institution sans population de contrôle. Il faut faire en effet la part dans le comportement phobique décrit chez la mère de l'enfant atopique, d'une exigence instinctuelle excessive de l'enfant déconcertant la mère, d'une maladresse chez cette dernière, bien compréhensible lorsqu'il s'agit d'un premier né, enfin d'un rejet de l'enfant plus ou moins refoulé. Par ailleurs, de telles études ont été effectuées lorsque la dermatite atopique de l'enfant s'était déjà constituée : surprotection maternelle et phobie du toucher peuvent aussi être interprétées comme une réaction de ces mères à une maladie physique de leur enfant, vécu comme endommagé, tout mouvement agressif devant être évité par la mère, en raison de sa culpabilité, au profit d'une attitude réparatrice.III - Les travaux portant sur le stressLe caractère très fluctuant de la dermatite atopique a favorisé une observation longitudinale de cette affection, dans le but de dégager des associations significatives entre des variables psychologiques et les symptômes cutanés et de les interpréter en termes de causalité.Sur une durée brève de 15 jours, chez 50 sujets souffrant de dermatite atopique, une technique d'auto-évaluation a été mise en place (compte rendu quotidien ou journal intime). Les résultats obtenus ont été, en particulier, les suivants : le stress, et la dépression étaient significativement liés aux poussées d'eczéma. Un stress le jour J prédisait une poussée d'eczéma le jour J + 1. Cette relation était réciproque. En revanche, un vécu dépressif le jour J ne prédisait pas de poussée d'eczéma le jour 1 +1. Mais une poussée d'eczéma le jour J prédisait un état dépressif le jour J + 1...IV - Deux autres catégories d'études méritent aussi d'être signalées :- l'effet des suggestions hypnotiques sur les phénomènes allergiques est connu depuis longtemps. Des travaux récents ont permis, par exemple, de mettre en évidence lors d'une sensibilisation au dinitrochlorobenzène et au diphénylcyclopropenone, des réactions cutanées retardées modifiées en intensité de façon significative, selon les suggestions hypnotiques proférées ;- pour certains spécialistes, le stress serait plutôt immunosuppresseur, alors que la relaxation augmenterait les défenses immunitaires. Les résultats d'une étude méta-analytique sur l'expression des récepteurs de l'IL-2 sur les lymphocytes et sur l'effet de la relaxation sur la concentration en IgA vont dans ce sens.B - IMPLICATIONS THERAPEUTIQUES.Les implications thérapeutiques liées à la prise en compte des facteurs psychologiques dans la dermatite atopique sont très nombreuses. Nous en citerons quelques unes et nous insisterons plus particulièrement sur l'une d'elles- le développement des aspects cosmétologiques et esthétiques de la prise en charge des sujets atopiques ;– la mise en place de programmes d'éducation pour la santé visant non seulement le malade, mais aussi son entourage familial. Différentes études soulignent l'importance de la qualité du support familial et social pour l'évolution de la dermatite atopique ;– l'utilisation mieux codifiée et plus aisée des psychotropes et en particulier des antidépresseurs par les dermatologues eux-mêmes ;– le recours aux différentes approches psychothérapiques.Un essai thérapeutique randomisé a comparé cinq groupes de sujets atopiques, expérimentant cinq traitements différents. Le premier groupe a suivi un programme d'éducation pour la santé, le deuxième une relaxation de type training autogène, le troisième une psychothérapie cognitivo-comportementale, le quatrième l'association d'un programme d'éducation pour la santé et d'une psychothérapie cognitivo-comportementale, le cinquième le traitement médical classique de la dermatite atopique avec, en particulier, une corticothérapie locale. La cible thérapeutique de la relaxation et de la psychothérapie cognitivo-comportementale était les sensations de démangeaison et le grattage.Après un an de suivi, on a constaté une amélioration de la symptomatologie cutanée significativement plus importante chez les sujets du deuxième, troisième et quatrième groupe, accompagnée d'une diminution significative de la quantité de corticoïdes appliqués sur la peau.ConclusionÀ la lumière des données apportées par tous ces travaux d'ordre psychologique, il paraît évident qu'il serait regrettable pour les malades, les praticiens et les chercheurs d'ignorer le rôle des facteurs psychologiques dans la dermatite atopique et de rester par conséquent sur des positions irréductibles liées à des malentendus anciens.
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Varices


Reproduction de l'interview du Dr JP VIDAL-MICHEL, Marseille
publiée sur http://www.dermatonet.com/

1/ Que sont les varicosités ? Y a-t-il plusieurs types de varicosités ?
Dr Jean-Pierre VIDAL-MICHEL :
Les varicosités résultent de la dilatation du réseau microcirculatoire dermique. Les causes en sont nombreuses, mais elles traduisent en priorité une hyperpression veineuse sous jacente. Les classifications sont nombreuses :- par l’observation de leur aspect : bouquets, nappes, en chaussettes rouges …- leurs diamètres et leurs couleurs :0.1 à 1mm pour les télangiectasies rouges, 1 à 2 mm pour les veinectasies bleutées voire violettes , cyanotiques. Ces dernières classifications ont un intérêt certain pour le traitement par le Laser , Yag notamment. Mais c’est la classification en varicosités secondaires ou primitives qui doit retenir notre attention car elle conditionne notre démarche thérapeutique.- Les varicosités secondaires sont donc consécutives à l’hyperpression due à un reflux sous jacent lié à des varices systématisées (saphènes et leurs collatérales) ou à des varices réticulaires, l’exemple le plus classique étant celui des varices en « pin parasol » de la face externe de la cuisse. Il ne faut pas oublier non plus les varicosités consécutives à une chirurgie ou à une sclérose (matting) qui peuvent entraîner une déviation du flux circulatoire et une hyperpression dans des territoires jusque là indemnes.- Les varicosités primitives dans lesquelles aucun reflux sous jacent n’est retrouvé. A l’histologie leur aspect est tortueux, malformatif. Plusieurs hypothèses sont émises sans éliminer un possible mécanisme d’insuffisance veineuse superficielle: rôle du terrain donc ( malformation), rôle des hormones, mauvais fonctionnement des récepteurs neurosensitifs des parois des vaisseaux, rôle de la cellulite qui provoquerait stase et dilatation etc .etc…


2/ Les varicosités sont elles douloureuses ?
Le plus souvent le motif de la consultation pour varicosités reste d’ordre esthétique bien que souvent les patientes parlent d’une brève douleur localisée au point d’apparition d’une varicosité . Mais assez souvent les patientes présentant des varicosités diffuses et souffrant de leurs jambes se disent très soulagées par la microsclérose. Il faut dire qu’une sclérose bien conduite passe par l’éradication de tous les reflux ce qui peut expliquer le soulagement.

3/ Justement qu’appelez vous une sclérose bien conduite ?
Le réseau variqueux est indivisible. De la varicosité de quelques dixièmes de mm à la grosse varice de plus d’un cm de diamètre c’est la même maladie variqueuse. Il va donc falloir dès la première consultation ,dont le mobile est parfois uniquement esthétique, examiner la patiente debout sur un escabeau et rechercher les signes d’un reflux sous-jacent. Interrogatoire, examen clinique visuel,palpation, doppler de poche vont décider de la réalisation ou non d’un écho-doppler veineux et de l’établissement d’une cartographie indispensable à la conduite d’un bon traitement. La transillumination est également précieuse dans le repérage des varices réticulaires d’alimentation et de drainage des varicosités.


4/ Quels traitements proposez vous donc à vos patientes ?
Cela dépend donc du bilan . S’il existe un reflux sous –jacent il faut le traiter. Les techniques sont nombreuses . Personnellement j’apprécie le stripping court par endo-éveinage s’il existe un important reflux on pourra y associer une phlébectomie selon Muller des collatérales et des varices jambières . D’autres préféreront le stripping long ou encore l’endolaser ou encore l’écho-sclérose à la mousse . Toutes les méthodes ont à peu près les mêmes résultats dans des mains expérimentées mais pas toujours les mêmes coûts ,bien-sûr !Si le reflux est discret, intermittent je déconseille la chirurgie surtout si la personne est jeune . La contention de classe 2 me parait préférable . Souvent elle permet de reculer l’échéance de plus de 10 ans . Ce qui est appréciable car la récidive est hélas très fréquente quelle que soit la technique utilisée.Pour les varices réticulaires alimentant les bouquets de faces externes par exemple je pratique une phlébectomie de Muller dans un premier temps puis la microsclérose à la mousse d’Aetoxysclérol. J’apprécie aussi dans cette indication le Laser Yag 1064, un peu douloureux,certes, mais très efficace. On peut également avoir recours pour ces troncs réticulaires à la sclérose directement .


5/ Vous utiliser donc toujours les sclérosants ?
Bien sûr. La sclérose reste la méthode de choix. Bien conduite, elle est très efficace et peu onéreuse par rapport au Laser. Elle demande cependant une technique irréprochable et reste sanglante. Ceci fait que certains se sont tournés vers le Laser Yag 1064 qui, je le redis ,est également un excellent outil. Les autres lasers KTP, colorant pulsé ,IPL… sont peu ou pas efficaces dans le traitement des varicosités.Il est donc possible en adaptant la concentration du sclérosant au diamètre de la varice de tout traiter ou presque.. Par exemple il est possible de diluer l’Aetoxysclérol à 0.5, 0.7 ou 1% etc en partant du 2% et d’en faire de la mousse ce qui permet un meilleur contact avec les parois.Attention toutefois aux petites bulles qui peuvent s’échapper dans la circulation profonde et provoquer des phlébites. L’iode et le Trombovar ont disparu du marché, c’est dommage pour ce dernier qui était facile d’emploi et qu’on pouvait également diluer et faire mousser. La glycérine chromée (Sclérémo) est également un bon sclérosant pour les télangiectasies , je le dilue quelquefois pour le rendre moins douloureux et plus fluide. Attention poussé trop fort il peut lui aussi s’échapper dans une perforante et entraîner de petites phlébites ; mais ces incidents sont très rares.

6/ Y a-t-il d’autres incidents ?
Les phlébites avec la sclérose des varicosités sont exceptionnelles , je l’ai dit. De même que les nécroses par surdosage en sclérosant ou lorsque celui-ci s’engage incidemment dans une petite artériole. L’ulcère qui en résulte , très douloureux, cicatrisera sans problème mais laissera une petite cicatrice.Beaucoup plus fréquemment la microsclérose peut entraîner la formation d’un caillot dans la varicosité qui devient quasiment noire. Il faut alors la vider des ses caillots lors de la séance suivante , en général après trois semaines, à l’aide de petites incisions réalisées à l’aiguille. Ce sont des séances que les patientes n’apprécient pas et il faudra adopter des concentrations moins fortes aux séances suivantes pour éviter à nouveau la formation d’un thrombus . Ceci dit ce thrombus est le signe d’une sclérose efficace mais le rechercher expose aussi à des pigmentations séquellaires par dépôt de fer et de pigment. Pigmentations qui peuvent persister parfois durant de nombreuses des années surtout s’il existe dans les suites une exposition solaire. Mais dans l’immense majorité des cas la microsclérose ou la sclérose-laser ne posent aucun problème .


7/ Vous déconseillez donc à vos patientes le soleil ?
Oui, tout en sachant que la plupart des pigmentations sont dues à l’inflammation consécutive à la sclérose lorsque la patiente présente une peau mate, en dehors de toute exposition solaire ! Il faudra donc être très prudent avec les phototypes foncés. Il m’arrive toutefois de poursuivre tard mes scléroses dans la saison sans aucun incident de pigmentation.


8/ Y a-t-il des précautions à prendre pour éviter la survenue ou l’aggravation de varicosités ?
Ce sont les mêmes que pour les varices !Le tabac, la pilule, les professions debout, l’obésité ,la sédentarité, l’excès de soleil, la grossesse facilitent l’apparition des varicosités. Mais on n’échappe pas non plus au facteur héréditaire. Je conseille donc le port de chaussettes, bas ou collants de contention chaque fois que cela est possible .L’exercice physique tel que la marche ou la natation. Les phlébotoniques dont l’utilité est contestée par certains n’ont pas de rôle préventif selon ma propre expérience ; en revanche, ils sont efficaces contre la douleur sur de courtes périodes et à fortes doses.


9/ Pouvez vous donner un ordre d’idée du prix d’une séance de sclérose ?
C’est impossible car comment comparer le médecin qui va garder son patient quelques minutes en réalisant peu d’injections et celui qui à chaque séance va réaliser un repérage échographique, une écho- sclérose, un passage laser durant 30 minutes ou plus ? De même les honoraires varient selon les compétences, la notoriété, la région puisqu’il s’agit d’actes qui ne sont plus pris en charge par les caisses car reconnus comme esthétiques bien que personnellement je pense que la varicosité est une maladie au même titre que la varice.Enfin certains facturent au forfait car la sclérose demande de très nombreuses séances.
10/ Vous avez pris des cas extrêmes , je pense à une séance de 15 minutes par exemple par un médecin qualifié , sans parler de forfait ?
La fourchette de 30 à 50€ pour une séance de microsclérose en province me parait raisonnable. Les prix en région Parisienne sont plus élevés en rapport avec les frais. Enfin si le médecin utilise la technologie Laser ces prix peuvent être logiquement doublés .Mais ces chiffres ne sont qu’indicatifs, bien-sûr !

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